Libre circulation : doit faire mieux

Décidée depuis 2013 et entérinée en octobre 2017 par l’ensemble des Etats membres de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (Cemac), la libre circulation des personnes dans la sous-région, peine à être une réalité palpable pour les populations de cet espace communautaire. Que de sommets de chefs d’Etat consacrés à cette épineuse question, condition sine qua non pour la construction d’un espace communautaire et pour l’émergence de l’économie de la sous-région. L’Union douanière et économique de l'Afrique centrale, (Udeac), ancêtre de la Cemac, avait déjà amorcé ce projet depuis 1972 mais elle s’était toujours buttée sur les égoïsmes nationaux. Aujourd’hui, si l’on peut se réjouir de la ratification par tous les Etats membres de l’accord de libre circulation dans cette zone, dans les faits, certains pays tiennent encore fermement à leurs frontières de peur « d’être massivement envahis » par les ressortissants des autres pays voisins. Même le projet « Passeport Cemac » n’arrive pas à vaincre la résistance de certains Etats.
Si le président de la République du Cameroun, président en exercice de la Conférence des chefs d’Etat de la Cemac  remet la question sur la table, c’est  pour inviter ses pairs à faire preuve d’audace afin de briser « ces peurs bleues ».  Pour Paul Biya, la libre circulation des personnes et des biens est l’un « des défis majeurs auxquels doit faire face la sous-région Afrique centrale ».  Il est en réalité temps de déconstruire cette entrave bloquante afin d’attaquer d’autres challenges plus pressants. Les défis aujourd’hui sont plus portés vers la construction d’une véritable citoyenneté Cemac et la rationalisation (fusion) des deux Communautés économiques régionales (Cer) de l’Afrique centrale, la Cemac et la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (Ceeac) pour mieux saisir les opportunités de la Zone de Libre-échange continentale africaine (Zleca) forte de 1,2 milliard de consommateurs. Il faut pour cela sortir des discours et du volontarisme politique pour rendre effective la  libre circulation des biens (et des capitaux) qui coince, non seulement  à cause de problèmes de transport mais aussi de la lenteur des autorités à mettre en place les comités nationaux d’agrément des produits industriels originaires d’Afrique centrale, chargés d’attester qu’un bien industriel est entièrement fabriqué au sein de la Cemac.  Ce mécanisme permet aux Etats d’exporter  sans frais de douane, dans la zone. Le Cameroun, locomotive de l’économie sous régionale, a toujours montré le cap. Il est depuis 2010, le premier pays à avoir  mis en place son comité.
L’autre défi et non des moindres est l’avenir du Franc Cfa qui fait débat aujourd’hui au sein de l’opinion publique. Restée longtemps un sujet tabou, la question est de plus en plus, passionnément débattue dans l’espace public. Si l’Afrique de l’Ouest a déjà une longueur d’avance sur cette préoccupation avec un échéancier quasi-connu, l’Afrique centrale cherche encore la meilleure voie pour aborder le sujet. Tous ces dossiers font partie des priorités du président en exercice de la Cemac. Même si l’on n’a pas la prétention de lire dans la boule de crystal, Paul Biya veut faire bouger les lignes.

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