Dibamba : forte pression sur les marécages

Ces écosystèmes disparaissent progressivement sous les remblais effectués par des opérateurs économiques en quête d’espace.

A la sortie Est de Douala, la conquête des espaces marécageux par des industriels est bien visible. Au fil des semaines, des centaines d’hectares de marécages sont engloutis sous des tonnes de terre. Japoma et Dibamba (Douala III) sont en passe de devenir la nouvelle zone industrielle de Douala. Le phénomène est observable entre la deuxième entrée du complexe sportif de Japoma (venant de Yassa), le pont sur la Dibamba et au-delà. Au quotidien, de puissants bulldozers étalent la terre déversée par les bennes, détruisant les marécages, causant la disparition totale des espèces animales et végétales de cet écosystème.
« Les marécages sont non seulement des écosystèmes très fragiles mais aussi très riches en diversité faunique et floristique. Leur destruction constitue donc une menace pour notre milieu de vie. La disparition des espèces animales et végétales vivant dans ces milieux aquatiques crée un déséquilibre naturel et dans le cas d’espèce, la disparition de cet écosystème », explique le délégué régional de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement durable (Minepded) du Littoral, Edouard Yougouda. Les changements climatiques sont l’un des résultats de la disparition de ces espaces.
Sur le plan foncier, construire sur une zone marécageuse est interdit par la loi. « Les marécages relèvent du domaine public. Et les domaines publics sont insusceptibles d’appropriation ou de mise en valeur. On interdit à toute personne de construire sur le domaine public naturel de marécage », affirme le délégué régional des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières du Littoral, Jean Claude Ndaya. Douala étant une zone essentiellement marécageuse, la pression foncière y est forte.
« Les gens font les remblais non autorisés. Après ils demandent des titres fonciers sur ces remblais avec dans la plupart des cas la complicité de nos collègues géomètres », ajoute Jean Claude Ndaya. Des remblais qui se font au mépris des règles d’urbanisme. « La nature du sol n’est jamais bonne dans les marécages. Pour y construire, il faut procéder par des études préalables, notamment des sondages géotechniques. Si on fait des remblais sans respecter les normes en la matière, on s’expose à de gros risques. En peu de temps, on peut assister à ce qu’on appelle le tassement différentiel dû à l’instabilité du sol et le bâtiment peut s’effondrer », explique Rodrigue Edou, ingénieur des travaux de Génie civil.
Face à cette forte pression sur les marécages, les autorités administratives semblent débordées. « Au niveau de la Dibamba il y a le titre foncier n°139 qui a une superficie de 1007 hectares et qui longe la Dibamba. C’est un espace marécageux. Quand notre brigade s’y rend, de gros bras interdisent l’accès à ce site », renseigne Jean Claude Ndaya. Pour certains riverains, il faudra beaucoup prier pour qu’un jour la Dibamba ne sorte pas de son lit et provoque une catastrophe.
 

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